Le christianisme et le vin

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La vigne est née et a été cultivée avant le christianisme, mais c’est le christianisme qui l’a étendue jusqu’à ses limites écologiques et parfois au-delà.

L'existence du vin

L’existence du vin plonge ses origines dans la nuit des temps. L’archéologie en a trouvé des traces 5 à 6 000 ans avant notre ère. Le néolithique, qui a vu les débuts de l’agriculture, ne l’a pas ignorée. Les grandes civilisations du Proche et du Moyen-Orient — la Transcaucasie, la Mésopotamie, la Palestine, l’Égypte — ont pratiqué la viticulture avant les civilisations grecque et romaine. Ce qui frappe en lisant tous les textes qui s’y rapportent c’est le caractère sacré attribué à la vigne et au vin. En Grèce, le vin est associé à Dionysos, c’est un breuvage d’immortalité. Dionysos était le génie de la sève, des jeunes pousses, de la fécondité ; il se confondait avec la vie. Dans les civilisations antiques, l’art funéraire multiplie les motifs de la vigne, du vin et des vendanges. Dans les rites funèbres, les vivants sont tenus de donner à boire aux dieux et aux morts : ils déversent du vin dans la terre ou ils le brûlent sur l’autel. Ces offrandes rituelles — qu’on appelle les libations — sont observées dans tout le bassin méditerranéen. Ces civilisations antiques ont disparu, à l’exception du judaïsme et plus tard du christianisme.

Le sacrement de l’eucharistie

Nous voici au cœur de la religion chrétienne : l’âme et la divinité du Christ se manifestent sous les deux espèces du pain et du vin. Le dogme de l’eucharistie s’est fortifié de toute la tradition patristique : tous les pères de l’Église défendent l’enseignement traditionnel de la présence réelle, ce qu’on appelle d’un mot savant la transsubstantiation. C’est le IVe Concile de Latran (1215) qui a canonisé le mot  ; c’est le Concile de Trente (au milieu du XVIe siècle) qui l’a défini solennellement. 
Les protestants, eux, ont rejeté le dogme de la transsubstantiation, ils n’adhèrent pas à la croyance de la présence réelle, mais ils ont gardé le sacrment de la communion — et sous les deux espèces, une pratique qui avait été abandonnée au XIIIe siècle. La messe catholique a perpétué le sacrement de l’eucharistie en même temps que le sacrifice de la croix. La messe a pour principal ministre Jésus-Christ lui-même s’immolant sur l’autel comme il s’est immolé au calvaire.
Le vin transformé en sang du Christ (soit réellement comme le veut l’Eglise catholique, soit symboliquement ou spirituellement, comme l’enseignent les protestants) fait que la religion chrétienne a immortalisé le vin.

Le vin au centre du rituel chrétien

En bonne logique, le vin de messe devrait être du vin rouge, et pourtant, dans la plupart des cas, c’est un vin blanc. Il ne faut pas y voir un symbole quelconque, car ce choix a été préféré pour des raisons de propreté. Il ne fallait pas salir d’un geste maladroit les linges de l’autel. Le concile de Milan en 1565, a insisté sur la propreté et la pureté du corporal, ce linge liturgique sur lequel on dépose le calice et la patène, et d’un autre linge, le purificatoire, qui sert à nettoyer le calice après la communion. Le vin rouge était, implicitement, à éviter.

Les Grecs et les Romains

La vigne a été implantée en Gaule par les Grecs, qui avaient fondé Marseille, lors du grand mouvement de colonisation qui se produit entre le VIII eme et VI eme siècle avant notre ère. Ces Phocéens ont commencé par importer du vin en Gaule ; la viticulture se réduisait alors à peu de chose. Ce sont surtout les Romains, les colonies romaines qui, à partir du II eme siècle avant J.C. ont créé et développé un vignoble dans la Gaule narbonnaise. Mais la production ne suffisait pas à satisfaire la demande de toute la Gaule qui importe alors des vins italiens.

Au Ier siècle, ce commerce était actif, si l’on en croit l’historien grec Diodore de Sicile, qui explique comment « le naturel cupide de beaucoup de marchands italiens exploite la passion du vin qu’ont les Gaulois : sur des bateaux qui suivent les cours d’eau navigables ou sur des chariots qui roulent par les plaines, ils transportent leur vin, dont ils tirent des bénéfices incroyables, allant jusqu’à troquer une amphore contre un esclave, en sorte que l’acheteur livre son serviteur pour payer la boisson. »

Cependant, la viticulture proprement dite a gagné du terrain, notamment au long de la vallée du Rhône. Après la conquête de César, l’établissement de la paix romaine a permis l’expansion de la vigne. Les Gaulois, buveurs de bière, devenaient de plus en plus amateurs de vin. Le réseau routier construit par le conquérant a permis cette progression d’un vignoble gallo-romain au-delà de la zone méditerranéenne.

C’est ainsi que le vignoble de Bordeaux fut implanté sous le règne d’Auguste. De nouveaux plants permettaient cette installation, comme la vigne biturica, qui tire son nom des habitants de la région, les Bituriges.

Mais Rome s’est inquiétée de la concurrence que faisaient les vins des provinces conquises, et de la Gaule en particulier, . Aussi l’empereur Domitien décrète, en 92, l’arrachage de la moitié des pieds de vigne au-delà de l’Italie. Le respect de cette loi a été aléatoire, mais surtout l’interdiction est levée dans la seconde partie du IIIe siècle par l’empereur Probus. L’expansion reprend, suivant les grands axes commerciaux : de Béziers et Narbonne à Bordeaux, et aussi dans les vallées du Rhône et de la Saône.

Le Haut Moyen-Âge

C’est à cette époque que l’autorité et l’administration centrales s’effondrent et que les évêques jouent un rôle majeur dans l’administration des cités. En même temps, l’évangélisation progressive des peuples aussi bien gallo-romains que germaniques, confère au vin, le vrai sang du Christ, un rôle central dans la liturgie chrétienne. En même temps, outre l’action des évêques, il faut considérer le développement du monachisme, selon la règle de saint Benoît qui, entre autres prescriptions, autorise une ration quotidienne de vin aux moines. L’évêque, personnage prédominant de la cité, prend à cœur de planter des vignes et, comme la récolte dépasse souvent les besoins de la messe, il n’hésite pas à se lancer lui-même dans le commerce de ses surplus. Les cathédrales possèdent souvent un riche patrimoine viticole, dont les principales vignes se répartissent sur les paroisses environnantes. Ainsi aux abords de la cathédrale d’Autun les paroisses d’Aloxe, de Pommard, de Volnay, de Monthélie, de Meusault et de Chassagne. (villes situées en Bourgogne)

Au IX ème siècle

Ainsi, à l’époque franque, la ville et le vignoble ont été étroitement associés. Au IXe siècle, le concile d’Aix-la-Chapelle prescrit la présence, au côté de l’évêque, d’un collège de chanoines observant la règle monastique, on voit alors construire partout des cloîtres contigus aux cathédrales. Ces chanoines, eux aussi, se font viticulteurs, à Chartres, au Mans, à Tours, à Toul, bref aux abords des métropoles ecclésiastiques, comme c’est le cas, pour Bordeaux, des domaines de Lormont et de Pessac.

Au XIII ème siècle

Les abbayes recevaient parfois de grands seigneurs, accompagnés par leur nombreux personnel. Au XIIIe siècle, l’abbaye de Cluny reçoit ainsi le pape Innocent IV avec ses chapelains, mais aussi le roi de France, saint Louis, accompagné de sa mère, de sa famille et d’une nombreuse escorte. C’étaient pour les monastères des charges considérables, mais elles étaient compensées par les dons des riches visiteurs. L’hospitalité des personnes de haut rang nécessitait une fourniture de vins à la hauteur. Certaines abbayes, trop septentrionales, s’assuraient des possessions de vignobles plus au sud, pour pourvoir à leurs besoins.

Les évêques et les abbés ne sont pas les seuls viticulteurs : les rois, les seigneurs, les princes portent eux aussi grand soin à leurs vignobles. La vigne est cultivée par les Plantagenet en Angleterre, les ducs de Normandie autour de Caen, les ducs de Brabant à Louvain. Les plus modestes châteaux sont flanqués d’une vigne.

Il allait de soi que Paris, la capitale, devait avoir ses vignes. La banlieue d’aujourd’hui, Châtillon, Bagneux, Clamart, etc. comptent de nombreuses vignes. Mais aussi dans le Paris d’aujourd’hui intra muros : Montmartre, la Montagne sainte-Geneviève, Picpus, Charonne, Chaillot, Auteuil…

1348

À la fin du Moye âge, la consommation du vin en France est devenue courante dans toutes les couches de la société, mais le vignoble a évolué après les dévastations démographiques de la peste noire de 1348. Les vignobles les moins rentables ont été sacrifiés, surtout au nord de la Loire. En Normandie et en Bretagne, le raisin a été remplacé par le pommier à cidre. Il reste que le millénaire médiéval a été décisif pour l’implantation, la commercialisation, la consommation du vin en France. Les tavernes dans les villes sont devenues les lieux de sociabilité populaire les plus courants, tandis que les grands propriétaires se sont employés à améliorer une production de qualité annonçant les grands crus.

Les saints

On ne peut ignorer le rôle que l’Eglise a joué dans le succès d’une boisson devenue nationale et caractéristique des habitudes culinaires des Français. Les saints catholiques ont été appelés à protéger les vignobles. Listes non exhaustives

 Protéger la vigne contre les gelées et autres intempéries

  • saint Paul (25 janvier)
  • saint Blaise ((3 février)
  • saint Aubin (1er mars), 
  • saint Marc (26 avril), 
  • saint Morand (3 juin)
  • saint Jean-Baptiste (24 juin

Pour faire mûrir le raisin

  • saint Pierre (1er août)
  • saint Laurent (10 août)
  • saint Roch (16 août)

Pour la bonification du vin

  • saint Rémy (1er octobre)
  • saint Grat (16 octobre)

Le plus connu, surtout en Champagne, saint Vincent, le grand patron des vignerons.

Et puisque nous parlons des saints, que dire de la nomenclature toute catholique des grands crus : saint Joseph, saint Véran, saint Estèphe, saint Emilion, saint Julien, saint Peray, pour m’en tenir là et sans parler de Châteauneuf du pape…

Pays et carte religieuse

 Si l’on regarde la carte des pays grands producteurs de vin, cette carte est largement superposable à la carte religieuse, c’est-à-dire à la carte des religions chrétiennes (catholique, protestante, orthodoxe). Israël mis à part, le Proche et le Moyen Orient, lieux de naissance de la vigne et du vin, ne s’y trouvent pas : l’islam, proscrivant l’alcool, a créé cette différenciation. La religion n’explique pas tout, il est vrai : l’hindouisme ne proscrit pas l’alcool (sauf à moins de 500 m des autoroutes), mais les Indiens ont préféré au vin d’autres alcools. Inversement, la Chine, communiste et boudhiste, devient un pays de grande production — mais c’est récent. Il y a aussi des pays musulmans producteurs de vin, comme les Etats du Maghreb, (mais ce sont d’anciennes colonies chrétiennes). Du reste, leur production a sensiblement diminué depuis leur indépendance : le Maroc qui produisait environ 5 millions d’hl de vin en 1955 n’en produit plus que 400 000. Quant à l’Algérie, très forte productrice jusqu’en 1962 (avec 14 à 15 millions d’hl) n’en produit plus que 630 000.

Le vin au fil des siècles, In Vino Veritas !

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